Le disque céleste de Nebra
Le disque de Nebra : en voilà un objet archéologique qui donne du fil à retordre aux historiens. A-t-on affaire à une formidable découverte archéologique d’un disque céleste vieux de 3600 ans ou à un vulgaire canular de farceurs inspirés ? Depuis sa découverte jusqu'à une longue enquête quant à son authenticité, la question divise toujours autant les scientifiques.
Pourtant cet objet, s'il s'avère être vrai, est une des plus fameuses découvertes archéologiques en Allemagne. En effet, ce disque vieux de 3 600 ans représente des étoiles et des planètes et est considéré comme la plus ancienne représentation du ciel.
La découverte du disque
C’est en juillet 1999 que des pilleurs de tombes clandestins ont découvert le l’objet à Nebra-sur-Unstrut en Saxe-Anhalt en Allemagne (voir carte), sur un site riche en objets de l'âge du Bronze. Le disque est alors mis immédiatement en vente sur le marché noir jusqu’à ce qu’un archéologue allemand, Harald Meller, entende parler du disque en février 2001 et alerte la police. Les pilleurs sont arrêtés et le scientifique put examiner le disque.
Le disque de Nebra est un disque de bronze pesant à peu près 2 kg et d'environ 30 cm de diamètre. Il contient des traces d’étain ainsi que de l’or. Il a été enterré il y a 3 600 ans au sommet du Mittelberg près de Nebra, avec des épées d‘apparat, des bijoux et d‘autres objets.
On peut observer sur cette plaque circulaire 32 points supposés être des étoiles, le Soleil (ou une pleine Lune ?) ainsi qu’un croissant de Lune, tous faits d’incrustations de feuilles d’or.
On y retrouve également un arc de 82 degrés représentant l'écart entre les points de l'horizon où le soleil se lève (ou se couche) aux solstices d'été et d'hiver. La valeur de cet angle correspond bien à la latitude du lieu de la découverte.
Pour Harald Meller, il s'agirait d'une représentation du ciel pour un observateur qui se serait situé en Allemagne à l'apparition des Pléiades il y a 3 600 ans.
Un calendrier agricole ?
Pour certains scientifiques, le disque de Nebra est une sorte d’aide-mémoire astronomique.
Wolfart Schlosser considère ce disque comme un calendrier agricole destiné à repérer le début et la fin des travaux des champs dans l'Allemagne de l'âge du bronze, indiquant avec une précision astronomique aux peuples qui habitaient cette région voilà trente-six siècles à quel moment du calendrier lunaire il convenait d’entamer les semailles, à quel moment il fallait laisser la terre reposer. Il se base essentiellement sur le fait que les étoiles pourraient être les Pléiades, dont les dates de lever et de coucher sont utilisées dans d'autres sociétés passées ou contemporaines à cet usage. Ainsi les 32 points pourraient représenter les 32 années solaires et par extension les 33 années lunaires, ce qui ferait de ces 32 points, des "soleils" miniatures.
Bien évidemment, cette découverte suscite de nombreuses questions. La réalisation d’un tel calendrier réclame de bonnes connaissances astronomiques. Or, à cette époque, nos ancêtres n’étaient pas sensés observer la voûte céleste et encore moins établir de savants calculs.
La question de son authenticité est donc ainsi soulevée.
Trésor archéologique ou canular ?
La découverte du disque céleste de Nebra est comparable, pour ce qui est du bouleversement des connaissances, au sarcophage de Tout Ankh Amon ou à la momie d’Otzi. Cette pièce unique serait sans conteste la plus ancienne représentation de la voûte céleste qui soit parvenue jusqu’à nous. Pour les archéologues, c’est une révolution : cette représentation du firmament indiquerait que nos ancêtres européens avaient une connaissance du ciel beaucoup plus ancienne que ce que l’on a cru.
Mais c’est en Allemagne aussi, à l’Université de Ratisbonne, qu’un archéologue, Peter Schauer, met en doute l’authenticité de la miraculeuse trouvaille : pour lui, la patine verte qui recouvre le bronze a été créée artificiellement dans un atelier en utilisant de l’acide, de l’urine et une lampe à souder. Pour lui, toute l’affaire est irréaliste et invraisemblable.
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Alors doit-on y voir un formidable canular ?
Ce n’est pas l’avis du plus grand nombre, en tout cas pas celui des responsables du Musée historique de Bâle où le disque céleste était exposé, avec plus de mille objets de l’Âge du bronze, jusqu’au 29 janvier 2007 (église des Cordeliers, Barfüsserplatz). Le disque mis au jour de manière illégale a été vendu à l’époque pour 31 000 Deutsch Mark, prix qui a rapidement grimpé à 700 000 Deutsch Mark jusqu’en février 2002, date où les derniers détenteurs du trésor tombent dans la souricière tendue par la police suisse mandatée par les autorités allemandes. Les vendeurs attrapés étaient des initiés : une guide de musée et un enseignant.
Les amateurs auraient trouvé le disque sous quelques centimètres de terre seulement, et l’auraient pris dans un premier temps pour… un couvercle de poubelle.
Sa datation est aussi chose très difficile, le disque contient à peine 0,1 g de terre, ce qui est insuffisant pour évaluer son âge, et est dépourvu complètement de carbone, ce qui rend une identification au carbone 14 impossible.
Les scientifiques admettent que l’objet est ancien, certains le datent au plus tard du XVIIIème siècle, mais sans s’aventurer davantage.
Il est à noter que les objets retrouvés également sur place, et qui contenaient, eux, du carbone ont pu être datés à 3 600 ans.
D’autres experts rejettent ses allégations. Le Professeur Josef Riederer a déclaré au Tribunal que "l’examen de la patine confirmait bien son ancienneté" ainsi que le prouve la taille des cristaux d’oxydation, proportionnelle à la lenteur de leur formation. De plus, une étude isotopique du plomb radioactif contenu dans le disque confirme qu’il a été fabriqué dans la région de Nebra.
Si le disque devait se révéler un faux, ce serait un faux magnifique. Mais l’histoire a déjà montré à de multiples reprises que les savants les plus affûtés pouvaient se laisser aveugler par le côté sensationnel, voire inespéré d’une découverte.
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